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  • : L'épopée du valeureux Hérisson Boiteux
  • L'épopée du valeureux Hérisson Boiteux
  • : La bataille faisait rage. L'ennemi, fourbe et vicieux, frappait sans relâche usant toutes les ruses qu'il connaissait mais le vaillant hérisson n'avait pas encore rendu son dernier souffle.
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5 septembre 2013 4 05 /09 /septembre /2013 20:20

Le film Intouchable, très beau et très juste long métrage, illustre un problème intéressant : celui du handicap perçu par les gens dits valides.

 

Cependant, ai-je l'impression que l'objectif ait été mal compris et que le handicap demeure encore obscur pour bien des personnes. En effet, le handicap reste dans l'esprit des gens comme un désavantage qui se voit : fauteuil roulant, membre amputé, déficience mentale...

L'été 2012, je rencontrais deux jeunes femmes. Le fil de la discussion dériva sur le handicap et plus précisément les miens. Les deux demoiselles m'affirmèrent avec la plus totale indifférence que je devais me réjouir pour mes infirmités (absence de deux sens, malformation, mobilité réduite du bras gauche et douleurs permanentes) car elles étaient invisibles - le billet Il y a pire ailleurs ! était fortement inspiré de ce fait.

Aussi avais-je rencontré, il y a désormais quelques temps, quelqu'un qui était sourd/malentendant et pourtant, la surdité n'était pas inscrite sur le corps de la personne et je ne l'ai deviné que lorsqu'il s'est mis à communiquer en langue des signes. Ai-je également croisé cet été le chemin de personnes invalides dont l'origine et le caractère de la dite étaient indécelables...

Devraient-elles toutes s'estimer heureuses de la discrétion de leur invalidité ?

Je doute fort que mes deux réprobatrices n'eurent l'audace - le culot ? - de le leur indiquer leur chance suprême d'être des "handicapés furtifs".

 

 

Les affections corporelles ou mentales qui, malgré leur discrétion pour certaines, n'en restent pas moins handicapantes. Certes, et dans le cas des deux personnes avec qui j'ai conversé, leur pudeur est plus agréable aux yeux de la société mais ce n'est pas parce que cette dernière les ignore volontairement qu'elles n'existent pas.

Il n'est pas question de tomber dans le larmoyant excessif ou la pitié déplacée, ce qui semblait être l'une des doléances des deux comparses à mon sujet, simplement de respecter les personnes et de ne pas dénigrer leurs situations. Il est possible à la fois de prendre en compte les déficiences et de traiter la personne comme toutes les autres ; et souvent, ce sont celles qui n'ont pas de handicap qui sont incapables de dissocier les individus de leur incapacités.

 

Par ailleurs, je ne me plains pas de mes handicaps - ni ne m'en réjouis - car je n'ai pas d'autres choix que de vivre avec ;  je me plains en revanche d'être toujours rabaissée par rapport aux handicaps des autres.

A l'inverse, il ne faut pas non plus tomber dans la comparaison inutile qui induit un degré de "gravité" ; une connaissance, elle-même atteinte d'une maladie incurable handicapante, me faisait passer de victime à martyr en estimant ma situation plus sévère que la sienne sous prétexte que je n'avais rien demandé par rapport à l'accident... Personne ne souhaite être "porteur de handicap" (quelle belle expression !!! Le porte-t-on comme un bagage ou comme un fardeau ? >.>) quel qu'il soit et d'où qu'il vienne : d'un accident, d'une inattention, d'une malformation, d'une addiction, d'une dégénérescence ou d'une maladie.

 

 

Et cet été, il y aura eu cet étrange énergumène, un joyeux larron qui aurait bien eu toutes les raisons de se plaindre : "'y a pas d'raison" disait-il sans relâche... Il est atteint de trisomie 21, ce qui - à mes yeux - ne le desservait en aucune manière, mais atteint surtout d'un cancer, maladie en phase aigüe pendant ses vacances qui plus est. Il est pourtant plus lucide, plus humain que la plupart des gens que je vois, côtoie et rencontre au hasard de la vie.

A croire que les vrais handicapés ne sont pas ceux que la société désigne comme tels.

 

 

Je dédie cet article à cette personne, puissé-je un jour de nouveau croiser ton petit bonhomme de chemin, "mon grand". ;)

 

By Kypic.

 

 

La phrase anonyme de la fin :

"La sagesse fait partie des nombreux handicaps avec lesquels on doit vivre."

 

 

 

 

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30 novembre 2012 5 30 /11 /novembre /2012 22:59

Parfois, je m'interroge sur la notion du karma. Car à n'en point douter, le mien à comme un air de destin acharné comme si, dans mes hypothétiques vies antérieures, mon Moi passé avait fait des choses pas très jolies-jolies pour laisser au Moi présent une vie de rédemption permanente...


Il y a deux semaines, tel le samurai que je m'impose d'être, je mis les voiles dans une folle épopée sur les côtes bretonnes afin de parfaire mes techniques et mon entrainement en vue de mon prochain passage Shodan (célèbre ceinture noire pour les néophytes occidentaux qui - en réalité - ne correspond qu'aux prémices de l'apprentissage de l'art martial et non, n'en déplaise aux croyances des dits néophytes, à un accomplissement total de son art).

Le stage de préparation des passages Dan du samedi se déroulait à Guérande, ville connue pour son sel de qualité et ses remparts, le perfectionnement technique et la pédagogie du dimanche à Sucé s/ Erdre, ville connue pour... bref, ville connue (ou pas) au nord de Nantes. L'organisation me permettant d'assister aux deux, je décidais de le faire à la dure : les deux stages entiers avec une petite nuit presque "à la belle étoile".

Ce que je n'avais pas prévu, c'est le petit incident fâcheux qui arrive toujours à point nommé !

 

En effet, durant le stage de préparation au passage Dan et alors qu'il touchait à sa fin, l'un des deux sensei (def : professeur) me pris pour la troisième fois comme uke (def : celui qui reçoit - dans le cas des art martiaux, celui qui reçoit la technique, il existe une autre version de cette définition mais elle concerne des pratiques sexuelles... même si on entend souvent dire que l'Aïkido est amour, on ne parle pas de la même... ^^') ou appelé aussi aïte ( def - à vérifier - : celui qui prête sa main) afin de montrer une technique à l'ensemble des pratiquants. Me prêtant volontier à l'exercice, je fus ainsi projetée et invitée à "me recevoir" (et non à chuter, les Aïkidoka haut gradés n'aiment décidément pas ce terme). La première fois fut comme à l'accoutumée : sans heurts. Néanmoins, la deuxième fois se déroula largement moins bien...

 


Dans ce dojo, les tatamis étaient relativement mal disposés, laissant apparaître des jours entre deux tapis par endroits et n'étant pas à la même hauteur à d'autres. Et bien qu'un samurai se doit d'être vigilant, il est des instants où on ne peut pas faire grand chose. Ce fut le cas lorsque le petit orteil décida de rester en communion avec deux tatamis tandis que le reste du corps s'en alla vers d'autres horizons, ailleurs...

Un craquement distinct et Ô combien familier à mon oreille résonna dans la salle. Aïe... non pas de douleur mais de prise de conscience : de cette histoire se dégageait un mauvais présage.

Me relevant et poursuivant la démonstration en prêtant tout de même une certaine attention à ma patte antérieure droite, je me rendis compte que mon équilibre était devenu soudainement précaire. Et ce n'est que lorsque le sensei me proposa d'effectuer à mon tour la technique que j'ai su... J'avais mal !

Ma première tentative fut hasardeuse puisque je testais mes possibilités et mes nouvelles limites, les deux suivantes plus assurées et efficaces furent quant à elles toutefois assez douloureuses.

Lorsque le senseï me congédia afin de reprendre l'entrainement d'une manière plus collective, il m'était devenu impossible de poursuivre sans compromettre ma patte invalide et il a fallu me résoudre à quitter le tatami.

 

A ceux qui penseraient fort à un abandon, ne criez pas défaite trop hâtivement !

 

Résignée et frustrée, je n'ai pu participer à la mise en situation d'un passage Shodan pour évaluer mon niveau et la pertinence de présenter le premier Dan en février prochain.

Cependant, autant avais-je déserté le tatami malgré moi pour ne pas l'encombrer, autant étais-je restée dans l'enceinte du Dojo à apprendre non plus avec le corps mais avec les yeux et l'esprit me rappelant ainsi une certaine époque...

Aussi, à la toute fin du stage, je remontai tout de même sur le tapis pour saluer avec respect et honneur les senseï et mes partenaires de bataille.


Une fois les formalités faites, je me changeai rapidement bien que péniblement lorsque fut venu l'instant de chausser le pied du crime. Clopin-clopant, je retournais à la voiture doucement mais sûrement.

Connaissant très peu le coin, n'osant me perdre dans Guérande à la recherche d'un "lieu de guérison", je pris la direction de Nantes en faisant une escale à Saint-Nazaire.

Saint-Naz' pour les intimes. J'ai toujours été subjuguée par ce surnom inconsciemment mais magnifiquement évocateur...

N'écoutant que mon estomac et non mon petit orteil droit, j'évitai soigneusement la sortie "Hôpital" me dirigeant vers Trignac et sa zone commerciale pour chasser mon repas, cahin-caha, dans un supermarché. J'espérais profiter aussi de cet instant pour trouver une pharmacie afin de me soustraire à "vous allez à l'hôpital, vous ne passez pas par la case départ et vous ne touchez pas 20 000 F". Hélas, le sort s'acharnait et point de pharmacie dans les parages.

Sortie de la chasse, fructueuse pour mon estomac, largement moins pour mon orteil, je me retrouvai une fois de plus sur la route direction Nantes.

 

Après un total d'une heure à conduire, je trouvai le CHU et ses urgences dans le centre de Nantes sans trop de difficultés - bien que je pense avoir emprûnté quelques chemins qui fussent normalement et légalement non autorisés. La police Nantaise me pardonna par ailleurs ces écarts involontaires car il est vrai et à signaler : Nantes est un véritable casse-tête pour les automobilistes. Je ne vous raconte pas ce que cela donne de nuit sous une  pluie soutenue.

Le CHU en vue, j'allai parquer le véhicule à une centaine de mètres et revenai lentement et de plus en plus péniblement, sentant les efforts fournis commencer à titiller ma patte. Le personnel de l'accueil me fit sourire avec cette constatation formulée comme une interrogation : "c'est pour le pied ?". Comment l'avez-vous deviné ? O.O

Les formalités passées, j'attendais que le médecin m'appelle. Anecdote amusante : pour passer le temps, je lisais L'élégance Du Hérisson, un livre que m'avait offert Big Mother pour ses nombreuses similitudes me concernant.

 

Quand mon tour arriva et après un bref passage en radiologie, la sentence tomba rapidement : "Mademoiselle, votre orteil est bien cassé.". Je m'en doutais très fortement à la vue de la couleur violette-chocolat-bleu pâle de ma patte et n'étais venue que dans un désir de confirmation.

S'en suivi une attente interminable au cours de laquelle je discutais avec une autre malchanceuse pour qui ce voyage au pays des radiographies, des piqûres et autres joyeusetés était en réalité son baptême.

Alors que la chaleur ambiante commençait à me donner soif, je quémandai à un médecin de passage l'indication d'une fontaine ou d'un robinet où je pouvais me sustenter... Il me répondit d'un air sévère qu'il m'était déconseillé de me désaltérer dans l'hypothèse d'une possible intervention. Mon sang ne fit qu'un tour :

"La dernière fois, on m'a virée des urgences avec une clavicule séparée de deux centimètres et aujourd'hui vous voudriez m'opérer en urgence le petit doigt de pied ?!! QUE NENI !".

Malgré ma forte opposition, étant le seul à connaître la localisation de cette fontaine de jouvence et comme il ne se soustrayait point à ma requête, je repris ma lecture, le gosier toujours sec.


Au bout d'une bonne heure, le médecin réapparu - d'on-ne-sait-où ignorant l'origine et le lieu de sa disparition - et me fit part de sa conclusion :

- "C'est cassé mais il n'y a rien à faire mis à part un bandage. Pour l'arrêt de trav...".

- "N'y pensez pas ! Je n'ai pas les moyens de m'octroyer un arrêt de travail."

- "Et pour le sport..."

- "N'y pensez pas plus ! J'ai un Shodan à préparer !"

Les consignes et les papiers en main, j'allai vers la sortie non sans faire un léger détour à l'accueil pour demander la pharmacie de garde. Car fait intéressant que je n'avais précisé jusqu'à maintenant : nous étions un samedi soir, 23h47. Mais pour des raisons évidentes de toxicomanies, il me fallait d'abord me rendre au commissariat (comme pour aller expier mes fautes de conduite antérieures et futures dans l'agglomération de Nantes)  pour obtenir le lieu secret de ce trésor de guérison... Je vous passe les "c'est facile pour aller au commissariat, y clic à droite, y clic à gauche, y clic, y clic et c'est tout droit"...

 

Aparté : je serais à jamais admirative de mon sens infaillible de l'orientation... Je ne me suis perdue à aucun moment, sans carte ni GPS.


J'ai tourné pendant une heure autour de ce fichu commissariat pour trouver une place où larguer sans plus de cérémonie mon destrier à quatre roues, J'ai marché pendant une bonne demi-heure n'ayant trouvé plus près avant de me présenter à la porte du commissariat. J'avais jusque lors été de relative bonne humeur mais cette balade dans Nantes By Night sous la pluie (mes chaussures ayant la facheuse tendance à avoir la même propriété qu'une éponge... notez : encore une référence hérissonnesque pour une certaine marque de cet ustensil), d'un pas lent et transis avait sérieusement entamé ma joie de vivre.

Arrivée à destination, le policier me prit en pitié me voyant clopinant douloureusement ; lui expliquant que pour venir jusqu'à lui, j'avais certainement enfreint une douzaine de règlements du code de la route, il m'indiqua un chemin pas orthodoxe pour aller à bon port en m'assurant que ses collègues ne m'en tiendraient pas rigueur.

Je retournai donc à la voiture, toujours difficilement, la pression de la chaussure sur le membre - aussi petit soit-il - désagréablement présente.

La pharmacie fut moins compliquée à débusquer mais il me fallait encore garer le véhicule, marcher T.T et revenir une fois la transaction effectuée.

 

Après cette péripétie, vous seriez en droit de penser que je suis sagement rentrée dans mon terrier pour consoler mon pied...

Bien sûr que non ! Hérésie !!!

J'ai préféré reprendre la route pour aller à Sucé s/Erdre, dormir dans le véhicule par une température nocturne proche du zéro et monter sur le tatami le dimanche aux aurores pour n'en repartir qu'au crépuscule en faisant un dernier détour du côté de Rezé au sud de Nantes comme c'était initialement prévu...

 

A la seule différence, c'est que le hérisson boiteux, désormais, boite vraiment. \o/


 

 


 

By Kypic.

 

 

 

Le proverbe chinois de la fin :

"On peut guérir les maladies, mais non point le Destin."


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24 mai 2012 4 24 /05 /mai /2012 07:42

 La dernière fois, j'avais essayé de dissiper les doutes et interrogations des visiteurs de ce blog, sûrement peu chanceux, sur la notion de "comment vivre avec une clavicule cassée ?".


Je me ferai une joie à l'avenir, et si les curieux utilisent les commentaires afin de coucher leurs requêtes procédé autrement plus simple que de deviner par les mots clefs des recherches, de répondre aux questions existentielles soulevées par la problématique de la clavicule cassée.

Je n'oserai m'aventurer au delà de cet os, bien qu'il me paraît logique que toute ossature liée à l'articulation de l'épaule ait un traitement quotidien similaire. En revanche, je ne m'avancerai pas pour le traitement médical.

 

Deux autres questions sont ressorties dernièrement. La première est très spécifique mais indispensable :

 

  • Comment enfiler un T-shirt avec une clavicule cassée ?

 

On n'enfile pas de T-shirt avec une clavicule cassée !!!  Bandes d'inconscients ! :p

Pour information, non seulement les pompiers ont découpé le mien pour l'enlever malgré mes fortes oppositions initiales mais il m'a fallu en plus attendre de retirer l'attelle (soit six mois) pour espérer à nouveau me vêtir non sans difficultés de cet habit .

Tant que l'os n'est pas consolidé (naturellement par un cal osseux ou artificiellement par des plaques et des vis), je ne saurais que trop vous conseiller d'opter pour les chemises, larges de préférence, afin de ne pas soumettre votre épaule à plus de souffrances inutiles. De toutes façons, vous ne défilerez pas pour un grand couturier, vous n'avez donc pas besoin de vous faire beaux/belles, l'attelle ou les anneaux vous retirant déjà un pourcentage non négligeable de charme et de charisme. Non, vous n'avez pas la classe non plus...

 

Une fois qu'il vous est possible de mobiliser légèrement l'épaule, le T-shirt s'enfile de la manière suivante pour une optimisation de vos chances de ne pas provoquer des douleurs supplémentaires superflues :

  • remontez au maximum la manche du bras immobilisé ;
  • faites glisser le vêtement le long du bras rattaché à l'épaule déficiente ;
  • passez la tête ; alouette, déformation professionnelle...
  • et enfilez le reste comme vous le pouvez sans vous faire mal.

 

 

Une fois qu'il est installé, il faudra bien enlever ce T-shirt un jour ou l'autre, ne serait-ce que pour vérifier l'avancement de votre gangrène. J'ai une technique particulièrement efficace mais dévastatrice à moyen terme :

  • vous agrippez le T-shirt aussi loin que vous pouvez dans le dos avec le bras valide ; Je préfère préciser...
  • vous tirez le tout vers la tête ; alouette, comique de répétition, c'est ultra efficace avec les petits morveux !
  • vous vous démerdez du reste : du moment que l'opération est indolore, c'est qu'elle fonctionne.

 

 

Ainsi, n'espérez pas avoir un usage normal de vos T-shirt et ne soyez pas étonnés de leur difformité évolutive.

Une clavicule cassée, c'est une garde robe à changer.

 

 

  • Comment mettre les anneaux ?

 

Vous savez déjà de ce que je pense de cet artéfact sorti tout droit des enfers. 

Bref, normalement, une fois installés les anneaux ne devraient pas être retirés. Seulement, cela serait merveilleux dans le meilleur des mondes, et d'ailleurs, dans ce monde, les anneaux n'existeraient pas... donc pour les mettre il n'y a qu'une seule solution : DE L'AIDE !

N'essayez pas seul, ça ne sert à rien, empirera votre situation et, au mieux, ne plus les avoir un moment vous soulagera de cette douleur infligée par le port de cet objet de torture.

 

 

  • Quelles sont les séquelles après une fracture de clavicule ?

 

Je ne vous énumèrerai pas toutes les séquelles pour la simple et bonne raison qui suit : je ne les connais pas.

Il existe souvent une persistence des raideurs musculaires et/ou des douleurs résiduelles, le tout causé par l'immobilisation et les opérations qui ont malmené les muscles et autres éléments indispensables à la fonctionnalité de l'articulation.

Aparté pour Sylvie : je crains que la sciatique ne soit jamais considérée comme telle... :p Je ne sais pas si celle-ci est antérieure ou postérieure à ta fracture.

Si elle est antérieure, ta situation n'arrangera certainement pas ton cas.

Si elle est postérieure, la relation de causalité ne m'apparaît pas impertinente.

On sait que la sciatique est liée à un problème de dos, le nerf du même nom étant pincé quelque part entre les lombaires et le muscle de la cuisse, or une clavicule cassée provoque obligatoirement des tensions non négligeables sur toute la partie haute du corps par effet de compensation. Donc pourquoi pas, par effet domino, sur la partie basse.

 



Pour en revenir aux séquelles, j'en connais désormais une officielle - la mienne, vous observerez que nous apprenons beaucoup à nos dépens - qui est une conséquence fréquente : la formation d'une excroissance osseuse dans l'articulation liée à une immobilisation prolongée et à une tension permanente dans l'épaule. 

Ai-je appris par ce biais, et en allant consulter un énième chirurgien, que mes souffrances n'étaient finalement pas psychologiques ou - comme certains me l'ont fortement reproché - simulées ! Moi, je le savais déjà. En revanche, la plupart des médecins et ma famille, eux en doutaient largement.

Heureusement, la lumière est (enfin !)  faite sur la pertinence de mes doléances.

L'excroissance se situe sur l'acromion (j'avais déjà mentionné cet os qui est associé à la clavicule et dont, dans mon cas, la luxation apparente fait débat...) et bloque l'articulation (si ce n'est pas la luxation qui en serait à l'origine...) en plus de titiller gentillement la tuyauterie sur son passage. Ce qui expliquerait sans aucun doute la différence de couleur et de température ainsi que les douleurs et crampes récurrentes dans le bras et, par extension anatomique, la main accrochée à l'épaule incriminée.

Je me ferai un plaisir d'aller frapper aux portes des experts et médecins qui m'ont clairement exprimé ces trois dernières années leurs réticences quant à mes déclarations allant jusqu'à me taxer d'oisiveté durant mes séances de kiné ainsi que d'exagération extrême sur mes limitations et mes douleurs endurées.

 

 

L'ennui, et puisqu'il m'est impossible de ne pas user de mon membre supérieur gauche même s'il est limité ; d'une part parce qu'il est toujours rattaché à mon corps ce qui induit inévitablement et mécaniquement des mouvements, d'autre part parce que cela risquerait d'aggraver l'excroissance qui pourrait évoluer ; c'est qu'avec le temps, cette excroissance finisse par ronger les tuyaux qui tiennent et entretiennent le bras, menaçant indirectement aujourd'hui et directement demain la fonctionnalité de celui-ci.

Réjouissant programme n'est-il pas ?


 

Alors, maintenant que nous savons avec précision la nature de mon "inconfort" et les futures conséquences, il doit bien y avoir une solution à ce problème ?

(même si la question de la luxation est bizarrement toujours délicate... pourtant, la comparaison illustrée dans Casse-toi, pov c... (1) semble démontrer sa présence)

Il existe effectivement un moyen d'y remédier et je vous le donne dans le mille : il faut passer par la phase charcutage ! Chic, ça faisait longtemps qu'on n'avait pas ouvert mon corps !!! \o/

Oui mais ! Ca ne serait pas intéressant si la réponse était aussi simple... Tant que les souffrances ne sont pas insupportables - le chirurgien estime ma tolérance à la douleur très bonne c'est sûr, ça va tout de suite mieux avec de la morphine... - et que les tendons ne sont pas au bord de la rupture, l'intervention n'est pas urgente. Merci de revenir dans deux ans quand il sera trop tard...

 

 

En conclusion, me voilà bien avancée...

Pour les questions/remarques, je suis de toute ouïe. ;)

 

 

Casse-toi, pov c... (1) : une explication sur ce titre pour écarter tout malentendu ; je fais bien évidemment référence à la frasque de notre ancien président, le "c..." mentionnant au choix ironiquement le patient qui est pris effectivement pour un con ou la clavicule.

 

 

 

By Kypic.

 

 

 

La phrase de la fin par Daniel Desbiens :

"Qui tente sa chance et fait preuve de persévérance obtient sa récompense. Qui plie sous la malchance et ne retrousse pas ses manches vivote dans le silence."


 


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11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 12:43

J'admets, j'ai eu des titres plus sympathiques...

 

 

Bref, pourquoi cette question ?

Figurez-vous qu'en regardant les mots clefs qui amènent certains lecteurs sur ce blog, j'ai remarqué que je ne réponds pas franchement à l'interrogation existentielle : comment vivre avec une clavicule cassée ?".

 

  • Peut-on bouger le bras avec une clavicule cassée ?

 

Non.

Enfin si, mais c'est à vos risques et périls et je vous aurais prévenus !

Bouger le bras implique bouger l'épaule (par extension la clavicule) et bouger un membre dont l'un des piliers est endommagé, c'est excessivement douloureux et ne facilite pas la guérison (voire la retarde au mieux, la sabote au pire).

Pour que l'os se consolide au niveau de la fracture, il faut qu'il soit immobilisé. Basé sur le même principe que quand vous collez deux surfaces ensemble, si vous n'arrêtez pas de bouger les deux pièces, elles finiront par coller, certes, mais moins rapidement et surtout pas comme il l'aurait fallu. Et il serait dommage de devoir casser une nouvelle fois pour recoller correctement...

 

Après, bouger la main et éventuellement l'avant-bras dépendra du type de fracture (et il en existe un paquet) mais ça restera plus ou moins douloureux et pas vraiment conseillé.

Si les urgences vous donnent le saint graal de la cavicule cassée, soit les anneaux de contention, vous devrez vous démerder pour trouver une solution afin d'immobiliser vous-même votre bras. Et allez prendre un deuxième avis voire un troisième parce que les anneaux de contention sont une torture utilisée normalement pour les personnes agées qui n'ont pas intérêt à passer sur le billard (au risque d'en crever) et dans les cas de fractures non déplacées qui peuvent être réduites par ce procédé.

 

  • Quels sont les moyens de soigner une clavicule cassée ?

 

Tout dépend de la fracture, de sa gravité et de sa localisation.

Une fracture du tiers moyen (située vers le milieu de de la clavicule), pas trop déplacée et dont les morceaux ne risquent pas de transpercer la peau ne nécessite pas d'intervention chirurgicale et peut être réduite par les anneaux de contention (mais vous allez jongler !).

Les autres situées sur le quart interne ou externe soit aux extrémités de la clavicule sont plus complexes et moins fréquentes. Dans ces cas, l'intervention est presque tout le temps indispensable, d'autant plus que ce sont des zones où les ligaments, les tendons, les nerfs, bref la tuyauterie du bras passe donc il se peut que tout ce petit monde ait été malmené.

Il n'est pas stupide non plus d'essayer d'approfondir le diagnostic et de ne pas se focaliser uniquement sur la fracture. M'at-on suggéré fin 2011 (soit 3 ans, 1 mois et 5 jours après l'accident) de passer une IRM afin de vérifier que les tendons n'aient pas été endommagés ce qui serait potentiellement à l'origine de ma douleur permanente... Et ce n'est que maintenant qu'on m'en parle !!! >.<

 

Si on vous affirme qu'il est possible de vivre avec une clavicule cassée à vie - soit une clavicule pseudarthrosée (le cal osseux n'a pas pu se former à cause de la distance entre les morceaux et a été remplacé par une pseudarthrose qui en fait presque une nouvelle articulation) -, c'est vrai ! Vous pouvez vivre avec une clavicule cassée à vie. 

Mais vous pouvez aussi vivre avec un bras ou une jambe amputé... C'est simplement chiant et handicapant.

Dans le cas de la clavicule cassée, c'est chiant, handicapant et très douloureux. :)

Demandez donc au chirurgien si lui voudrait vivre avec sa clavicule cassée à vie, ça devrait lui redonner un peu de jugeotte et de bon sens. Sinon, traitez le de sale con et allez voir ailleurs.

 

Une dernière précision : comme me l'a très justement souligné le dernier chirurgien que j'ai rencontré (et qui est reconnu nationalement comme l'un des meilleurs spécialistes de l'épaule), une fracture laisse toujours des séquelles plus ou moins importantes et l'état de l'os ne reviendra jamais à celui d'avant la fracture.

Ne pensez donc pas avoir la même forme olympique après une fracture, vous seriez déçus.

 

  • Les anneaux de contention, c'est quoi ?

 

Une invention des chinois pour torturer les prisonniers de guerre.

Pardon, je m'égare.

Jadis, les médecins utilisaient des chambres à air de vélo.


C'est tout simplement un anneau en forme de huit que l'on serre de manière à maintenir les épaules en arrière afin de réduire la fracture. Je vous conseille de ne pas garder les anneaux fournis par les urgences, ils se déserreront très vite et très souvent : ils ne sont pas de bonne qualité. Préférez des anneaux orthopédiques (qui seront en partie à votre charge) ou une écharpe.


anneaux

Image prise sur le site de la chirurgie de la main

"Les anneaux « en huit » très souvent utilisés sont censés réduire la déformation en réduisant la fracture. Mais l’expérience montre que pour être efficaces, les anneaux doivent être très serrés et que cela est difficilement supportable surtout la nuit. En plus les anneaux finissent par se détendre pendant la nuit les rendant inefficaces."


De plus, ils ne sont utiles que dans certains cas précis suscités.

Dans mon cas par exemple (fracture déplacée du quart externe), les anneaux passaient précisément SUR la fracture ne pouvant ainsi la réduire et accentuait la douleur.

Même les professionnels ne sont pas d'accord sur son utilisation jugée inefficace et douloureuse par une bonne partie.


  •   Les attelles, c'est mieux ?


Oui et non.

Cela dépend des attelles et de leur objectif (quelle zone immobiliser).

Mieux parce qu'elles n'aggravent pas la fracture contrairement aux anneaux quand ils sont mal préconisés.

Mais quand le chirurgien oblige le port d'une attelle en particulier et que celle-ci passe également sur la fracture, c'est tout aussi douloureux que les anneaux au final.

Voici les attelles généralement fournies par les hôpitaux :

attelle

Image prise sur le site du docteur Moulinoux

 

Vous comprenez bien qu'avec une clavicule cassée et une attelle qui prend appui sur les deux épaules, ça risque de faire (très) mal. Hélas, je n'arrive toujours pas à comprendre comment les médecins n'y ont pas pensé... >.> Il n'y a rien de mieux que l'experience pour s'en convaincre. Messieurs dames les chirurgiens, cassez-vous donc la clavicule pour estimer le bien fondé de mes remarques.

Bref, je lui préfère et de loin celle-ci :

attelle2Image prise sur le site Adéquat- orthopédie

 

Mais encore une fois, ce sera à votre charge. Et il n'est pas dit que votre chirurgien soit d'accord, il peut ainsi se permettre de vous engueuler pour ne pas avoir utilisé le matériel qu'il vous a fourni. C'est excessivement susceptible un chirurgien. :p

Pour ma part, je dis : à vous de choisir entre le confort ou l'économie.

Les modèles sont brevetés par conséquent ils sont "normalement" adaptés et conformes.


  • Comment vivre avec une fracture ? 

 

Tout dépend de la fracture, de sa gravité et de sa localisation. (bis)

Les fractures les plus complexes à vivre sont celles de la clavicule/omoplate/humérus, de la hanche/col du fémur, des côtes et du coxis.

Elles touchent des régions qui sont sollicitées en permanence même inconsciemment, difficilement voire non immobilisables donc excessivement douloureuses et difficiles/longues à guérir.

Pour une fracture de clavicule (la seule que je puisse évoquer par expérience) : vous ne pouvez pas vous habiller, vous laver, manger, dormir ou faire quoique ce soit comme activité sans risquer de saborder votre guérison.

 

- Vous habiller demandera une mobilité incompatible avec votre état, avez-vous déjà essayé de mettre/d'enlever seul une chemise ou un tee-shirt sans remuer un bras ? C'est tout bêtement impossible. Je vous passe les soutien-gorges pour les femmes qui ne peuvent pas s'en passer... C'est un moment très amusant. Ou pas. Vous regretterez votre féminité pendant un certain moment.

Et vous érigerez un autel à la mémoire de l'inventeur de la fermeture éclair. Merci Whitcomb Judson !

 

- Vous laver vous demandera de retirer les anneaux (auquel cas, ils ne servent donc strictement à rien étant efficaces - quand il le sont du moins - que si portés et serrés en permanence). Oh ! Et oubliez donc d'essayer de laver l'aisselle du côté endommagé, ce n'est pas possible. Par contre, ne soyez pas choqués de son état pitoyable ou de l'odeur pestilentielle quand vous pourrez enfin lever le bras - ne serait-ce pas un début de gangrène que vois-je ? - c'est normal après un mois et demi de macération d'immobilisation. Je ne vous raconte pas ce que ça donne après 5 mois...

Deux options s'offrent à vous : ne pas vous laver ou vous faire aider par la famille (ou une aide à domicile quand vous n'en avez pas ou que celle-ci fait dans la désertion). Le choix n'est pas aussi simple qu'il y paraît.

 

- Manger est possible sans trop de difficulté mais il faudra se cantonner à des aliments simples à la consommation donc qui ne nécessitent l'usage que d'une maine et une seule. Amis carnivores, oubliez vos couteaux... Et oubliez les biscottes tartinées de beurre le matin.

Ceci, bien sûr pour les célibataires. Les autres qui vivent en communauté peuvent toujours demander de l'aide...


- Dormir, selon votre position, sera une tâche soit désagréable mais faisable si vous dormez sur le dos (attention aux torticolis en rafale) et dans un lit accessible ou alors totalement impossible si, comme moi, vous ne pouvez pas dormir sur le dos et/ou que votre lit se situe à 1m du plafond... J'ai opté pour le canapé, on peut dormir assis.

N'oubliez pas, vous avez une clavicule cassée donc n'espérez pas avoir un moment de répis pendant votre sommeil ; sauf si vous êtes drogués légalement à la morphine. 

 

- Utiliser les transports, se déplacer se révèle être une action pénible et douloureuse.

Les transports vous bombardent de vibrations qui résonnent jusqu'à votre fracture.

La ceinture de sécurité, tellement utile pour la sécurité routière, devriendra votre hantise.

Conduire ? Ce n'est plus de l'inconscience, c'est une tentative de suicide.

Ne reste plus que la marche ! Oui, mais notre façon de nous mouvoir dans une éternelle perte et reprise d'équilibre induit inévitablement un mouvement de balancement des bras (donc des épaules) automatiquement d'avant en arrière. Et maintenir les épaules en bloquant le geste impose des tensions aussi lancinantes que de balancer les bras.

D'un seul coup, vous en venez à envier les vieux et leurs simili quads... C'est triste d'en arriver là.

 

- Les courses. Ah ! Les courses !!!

Moment de plaisir incomparable. Chariot ou panier ? De toutes façons, l'un ou l'autre sera équivalent en terme de souffrance. A vous de décider si vous voulez souffrir beaucoup et longtemps en une seule fois (chariot) ou de souffrir beaucoup mais moins longtemps en plusieurs fois (panier).

La caisse Handicapés, malgré la blessure et la souffrance visibles, ne vous servira à rien et vous en viendrez à haïr les grand-mères vous passant devant le nez prétextant un âge avancé... Oui, mais si vous aviez vécu moins longtemps, vous auriez moins mal à la hanche ! (la douleur a tendance à rendre de très mauvaise foi... et aussi de très mauvaise humeur)


- Le ménage, déjà une corvée en soi sauf pour les maniaques, est pratiquement aussi jouissif que de faire les courses.

Passer l'aspirateur d'une main ? Big Mother, frustrée de me voir chez elle à ne rien faire (ben si, je souffre et ça me prend toute la journée !), a essayé de démontrer que c'était possible. Pour quelqu'un de valide, oui. Mais avec une fracture de clavicule, les mouvements de l'autre bras se font bien ressentir et occasionnent par un effet miroir des mouvements du bras qui devrait pourtant ne pas bouger.

Ce sera exactement la même situation pour la vaiselle, le linge, et toutes les activités ménagères.

Mais bon, ne pouvant ni manger, ni vous habiller, ni vous laver, vous salissez moins et moins vite ce qui compense votre incapacité à nettoyer votre petit nid. \o/

 

  • Conclusion :


Pour résumer ce que j'ai pu faire pendant mes six mois de fracture/luxation avec quatre mois d'anneau et mes deux mois d'attelle : chialer de douleur sur le canapé de Big Mother.

 

Réponse récapitulative : on ne vit pas avec une clavicule cassée. On souffre. :)

 

 

By Kypic

 

 

La phrase de la fin par André Malraux :

"La pire souffrance est dans la sollitude qui l'accompagne."


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2 janvier 2012 1 02 /01 /janvier /2012 19:25

Parce que rire est un remède efficace, j'ai décidé de raconter toutes mes pérégrinations chirurgicales démontrant ma capacité à avoir une relation bizarre avec dame Chance.

 

Tous ceux qui sont passés par la case charcutage pourront en attester. Une intervention chirurgicale vous promet toujours des surprises et parfois avec un petit laps de temps histoire de vous surprendre encore plus.

 

La première surprise, c'est le réveil.

Pour les plus chanceux, ils n'auront que l'impression d'avoir pris une cuite monumentale (sans avoir bu une seule goutte, c'est de l'arnaque, j'en conviens). Pour les moins chanceux, ils auront repris conscience avant qu'on ne les extube (et ça, ce n'est vraiment pas cool).

La deuxième, ce sont les effets secondaires que votre chirurgien a omis de vous mentionner certainement pour ne pas vous faire fuir avant l'intervention... Et avec du recul, il a peut-être bien fait.

 

Voici un petit florilège de mes plus belles surprises post-op' :

- La douleur. Au réveil : même pas mal, je suis une warrior ! \o/ Morphine ? Même pas besoin ! ... Petite viscieuse : le lendemain et son second effet KissKool "J'vais mouuuriiiiirrrrrrr !!! Rendez-moi le bouton maaagiiiiqueuh !!!!"

- La morphine. Trop cool quand on vous file la manette magique. Beaucoup moins cool quand on vous l'enlève le lendemain alors qu'ils savent pertinemment qu'avec le choc (non, ne croyez pas qu'ils s'occupent délicatement de votre envloppe charnelle lors d'un charcutage), le corps vous renvoie l'information "ça douille grave sa mère" qu'au minimum 24 heures après soit quand vous n'avez plus la manette magique.

- Les miroirs. Un traumatisme - surtout facial -, ça provoque des cicatrices, des hématomes et des gonflements qui peuvent être très impressionnants. Concert de grincements de dents à la sortie d'hosto. C'est si moche que ça ? La chose à ne pas faire : vérifier. Oui, ça l'est.

- Les mèches. Je sais désormais pourquoi on parle de "fosses" nasales... Quand on vous sort une mèche d'une trentaine de cm et du diamètre de votre pouce de votre naseau (avez-vous déjà tenté de mettre votre pouce dans vos narines ? n'essayez pas, ça ne rentrera pas), vous regrettez soudainement d'en avoir deux. La bonne surprise, c'est quand vous recommencez (parce que vous êtes masochiste et que vous aimez vraiment vous faire charcuter) et que les mèches sont, cette fois-ci, ridiculement petites...

- Le bras qui manque à l'appel. On ne vous a pas prévenu avant de vous jeter chez Morphée qu'on allait faire l'équivalent d'une péridurale à votre bras ?! Même si on se doute qu'il n'a pas été coupé (enfin, dans mon cas toujours), il y a une question qui vient naturellement au réveil : "dites, vous pouvez m'indiquer où est mon bras ? Je l'ai perdu dans la salle d'op'."

- La troisième guerre mondiale s'est déroulée dans ce qui était initialement votre bouche. Des crevasses, des cadavres (tiens un rat mort), du sang, des os et des fils - barbelés - partout... Pas de doutes, il n'y a aucun survivant.

- Les "faux" mouvements. Parfois, on se rend compte qu'il y a tout un mécanisme anatomique méconnu...

- Les rejets d'os. Oui, la première fois que vous découvrez un morceau d'os se faisant la malle via la cicatrice,  ça vous fait flipper.

 


Et pour conclure (non, je n'ai pas fini mais c'est un billet, pas un roman... )

- Le syndrôme du grain de sable. Quand l'anesthésiste oublie de fermer l'un de vos yeux et que vous vous réveillez avec une poche d'eau à la place de votre globe oculaire, c'est le syndrôme du grain de sable qui tire son nom du fait que le patient a l'impression d'avoir un grain de sable très douloureux dans l'oeil. Frustrant donc puisqu'il n'en est rien et qu'il est donc impossible de retirer la source de la gène, n'existant pas en réalité... "On vous a opérée l'oeil ?" Eh bien non Captain Obvious ! Vous voilà borgne pour quelques jours. \o/

 "Vous avez de la chance, le service ophtalmologie est dans la même unité que la chirurgie réparatrice !"

"Super ! Et c'est pour ça qu'ils ont mis 5 heures pour se pointer ?" >.<

 

 

Bilan :

N'imaginez pas que les chirurgiens vous manipulent délicatement quand ils ouvrent votre carcasse. C'est un mythe.

N'imaginez pas qu'il ne se passera plus rien après la sortie de l'hosto. C'est une fable.

Et surtout n'imaginez pas sortir de l'hosto dans un état proche de la normale. C'est une légende.  

 

 

By Kypic

 

 

 

La phrase de la fin par Charles Baudelaire :  

"Sois sage, Ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille !"

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30 août 2011 2 30 /08 /août /2011 13:00

Comme promis (oui, il paraît que je suis un spécimen assez rare : je tiens mes promesses), je vous rédige un billet en rapport avec cette fameuse publicité excécrable qu'est Juvamine.

 

Il est d'usage de répondre par la positive quand on vous demande comment vous allez.

Déjà parce que souvent, les gens se fichent de la réponse puisqu'elle n'est que formalité et une version allongée de la formule de politesse qu'est le "bonjour/bonsoir".

Et surtout parce que notre société ne supporte pas qu'on ne puisse être au mieux de notre forme en permanence afin d'être plus productif et d'être content - parce qu'il y a toujours pire ailleurs. ;p

Sauf que notre société, si encline à nous voir heureux, nous retire la possibilité de l'être. Il est par ailleurs ironique que la plus grande maladie de notre société ne soit pas le cancer (un peu comme sa propre nature finalement) mais la dépression.

  

Non ! Je ne parle pas de cet état passager de cafard, coup de mou ou déprime (appelez cela comme il vous convient) qui nous arrive à tous. Je parle d'un sentiment violent mais insidieux qui s'installe de fil en aiguille et qui s'enroule lentement mais sûrement autour de votre être pour, un jour, vous étouffer.

 

Pourquoi violent?

Parce qu'il pousse à faire des choses violentes. Pas obligatoirement dans l'acte en lui même ; dans la signification.

 

Vous oubliez de vous nourrir ou de boire, non pas par manque d'appetit mais par simple oubli de s'alimenter alors qu'il est une fonction indispensable à al vie que de manger.

Vous n'arrivez plus à dormir quand bien même vous êtes exténué et que chaque mouvement même insignifiant vous demande soudainement une énergie inimaginable.

Vous n'arrivez paradoxalement plus à vous lever pour les mêmes raisons précédemment évoquées.

Vous vous sentez triste fréquemment sans qu'un événement particulier ne vienne pour le provoquer - même si une raison profonde en serait la cause.

Chaque inspiration n'est que brûlure et chaque expiration n'est qu'oppression.

Vous êtes devenu une coquille vide. Vide d'envie, de désir et au plus terrible de cette forme, de besoin. A tel point que quand vous passez de ne plus avoir l'envie de vivre à ne plus avoir besoin de vivre, une envie souvent inconsciente peu survenir : celle de mourir.

 

 

Alors, pour répondre à votre question : non, je ne vais pas bien.

 

 

Je suis au fond d'un gouffre, un aven qui pue le fumier,  dont les parois sont excessivement glissantes et raides. Il me faut m'accrocher aux maigres racines pour tenter de la remonter et il est facile d'aggriper une mauvaise prise pour se retrouver une fois de plus le fessier le premier dans ce trou sans fin.

 

Et je vois ces gens. Ces personnes qui savent et me regardent me relever, remonter et me vautrer encore et encore.

Certaines m'encouragent (souvent parce qu'elles n'ont pas d'autres moyens pour m'aider - quant aux autres, peut-être pensent-elles qu'il est suffisant de soutenir de cette manière), certaines continuent de me regarder sans bouger (souvent parce qu'elles ne se rendent pas compte de la galère dans laquelle je suis), d'autres m'envoient des pierres tout en niant l'évidence...

Mais quand on est dans cette situation désespérée, ce qu'il nous faut, c'est une main tendue ou une corde qui nous tirent de ce merdier.

Il arrive qu'une main se tende mais elle ne nous tire pas. Cela est parfois suffisant, remarquez, néanmoins, quand l'aide a trop tardée et qu'il nous manque la force pour nous hisser - énergie utilisée pour tenter de remonter seul - cela n'est donc plus assez. Quant à la corde, il arrive qu'on nous en lance une... mais que faire quand on nous a lancé la corde entière ?

Et parfois, on nous lance la corde correctement...

 

C'est ce qu'il m'est arrivé cet été.

Toutefois, une chose m'a turlupiné : c'est le noeud coulant qui se trouvât au bout de la dite-corde...

Spéciale dédicace à mon ex-avocate.

  

Qu'en ai-je fais ? Vous demanderez vous avec suffisamment de délicatesse pour ne point soulever l'interrogation qui vous taraude. Eh bien, cela est très simple, je le lui ai renvoyé en pleine figure, dût-elle être surprise d'un tel manque de reconnaissance pour l'effort fourni.

Je poursuis ainsi toujours ma quête : celle de remonter à la surface tant bien que mal. 

 

 

 

By Kypic.

 

 

 

La phrase de la fin par Victor Hugo dans Le dernier Jour d'Un Condamné :

"Pris entre quatre murailles de pierre nue et froide, sans liberté pour mes pas, sans horizon pour mes yeux."

 

 

 

 

 

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24 juin 2011 5 24 /06 /juin /2011 15:15

Il est vrai que vous pourriez penser que mes sarcasmes sur le fonctionnement médico-légal et sur l'indemnisation des dommages sont exagérés n'ayant que cette brève information : le hérisson est victime d'un accident de la route. 

Alors revenons sur les conséquences de cette date fatidique où j'ai défoncé une portière de voiture à grand coup d'épaule lorsque le véhicule incriminé eût refusé la priorité (non mais ! ).

Et pour ceux qui se demanderaient : non, je n'ai pas pleuré.

J'avais même pensé que je n'avais rien avant que mon épaule ne suive pas le mouvement. 

 

Accrochez vous parce que c'est trèèèèèèèèès long et ce qui aurait du n'être qu'une simple banalité s'est transformé en un pas si joyeux bordel.

  

16/12/2008 :

 La wonder Kypic que je suis a donc fini sa soirée aux urgences - mais plutôt de bonne humeur, de toutes façons, c'est fait.  Une demi douzaine de radios plus tard, le verdict tombe : c'est cassé. Chic, c'est ma première fois (je suis très solide comme fille)

Le chirurgien que je ne verrai pas plus que mes radios (donc pas du tout) décide qu'il n'est pas nécessaire d'opérer et me laisse avec la récompense du brave guerrier : les anneaux de contention.

Ca ne durera que six semaines, roulez jeunesse ! (Ok, ça me fait chier mais je peux y survivre, ça n'est pas un problème)

 

Précision : les anneaux sont une machine de torture moderne - avant ils utilisaient les chambres à air de vélo - utilisée par les médecins qui ont la flemme de s'occuper de votre cas (ils sont très controversés car les résultats sont souvent peu satisfaisants). Ca fait excessivement mal, c'est très inconfortable et pour que ce soit efficace, il ne faut ni l'enlever ni bouger le bras durant le temps de consolidation (de toutes façons, bouger le bras avec une clavicule cassée, ça fait très mal aussi) : et on fait comment pour se laver et se changer ? DE-MER-DE-TOI !!!

 

29/12/2008 :

Je vois pour la première fois le chirurgien deux semaines plus tard et là, la question d'opérer se pose sérieusement ! Mais comme il n'est pas sûr, il décide de continuer le traitement orthopédique. A noter, je vois enfin l'une de mes radios :

SP A0025

 J'ai eu envie de dire : tout ça pour ce tout petit bout d'os de rien du tout ?!! Merde ! C'est même pas impressionnant.

Oui, mais le corps humain est vicieux, ce petit bout de rien du tout est super important puisque c'est là que tous les ligaments sont accrochés (vous verrez pourquoi j'en parle) et c'est par là que passe toute la tuyauterie du bras...

 

30/01/2009 :

Je revois le chirurgien après 6 semaines d'anneaux. Six semaines ? Mais ça veut dire que c'est fini, c'est ce qu'ils m'ont promis !!! 45 minutes d'attente - toute seule - dans son bureau avec ma nouvelle radio en pleine face.

Je me rends à l'évidence : ça n'a pas bougé d'un poil, il va falloir passer par la case charcutage. (Bon, ce n'est pas ma première fois mais je n'avais pas spécialement envie de me faire ouvrir l'épaule).

Le chirurgien arrive, m'osculte - allongée O.o - et se félicite : ça s'englue (j'ai cru qu'il parlait de sa cervelle au départ), vous pouvez retirer les anneaux et on peut vivre avec une clavicule cassée à vie, ce n'est pas un problème.

 

Je suis juste quelqu'un de très sportif et je suis ambidextre ; je doute que deux centimètres soient si peu problématique...

D'autant que j'ai très mal en permanence (j'insiste là dessus parce que je me rendrai compte au fur et à mesure que les médecins en ont strictement rien à foutre de la douleur de leurs patients). Et n'étant pas douillette pour deux sous (si vous saviez le nombre incalculable de fois où je me suis fais mal : traumatisme cranien, nez cassé, entorses multiples - j'ai réussi à m'en faire une au coude -, etc. bref, je suis une casse-cou (ille aussi)) quand je dis très mal, c'est que j'ai trèstrès mal.

 

En tout cas, il y a une chose sur laquelle on ne m'avait pas menti : 6 semaines et c'est fini. Peu importe le résultat - mais ça, ils ont oublié de le mentionner.

 

11/03/2009 :

Je vois un autre chirurgien (je passe le deuxième avis qui me paraît aussi stupide que le premier). Là, mon sacro-saint sauveur : "ah nan, ça ne s'englue pas *tête interrogative : qui a pu sortir une connerie pareille ?*, il faut opérer rapidement."

Il me fait faire une radio avant le passage sur le billard :

SP_A0030.jpg

Effectivement, ça avait bien l'air de s'engluer cette affaire. Comme dirait un ami : "C'est comme si tu collais deux feuilles ; tu peux y mettre autant de colle que tu veux, si elles ne se touchent pas, ça ne collera pas."

Et je suis restée courageusement , certes, malgré moi, 4 mois comme ça !

 

27/03/2009 :

Je me fais enfin charcutée pour mon plus grand plaisir, c'est mon septième passage, chiffre porte-bonheur. Ou pas ! Je suis vite virée de l'hosto : 20 heures, même pas une journée complète ; pour le traitement de la douleur, on repassera.

C'est à partir de ce moment que je craque tellement j'ai trop mal depuis trop longtemps.

Mais aussi parce que cette opération n'a pas l'effet escompté et j'apprendrai surtout beaucoup plus tard qu'en plus de la fracture, j'ai eu une luxation : les ligaments ont été endommagés... On s'est bien gardé de me le dire.

Voilà ce qu'a donné la première intervention (j'avoue que quand j'ai vu la première radio, je me suis demandée comment ce truc pourrait tenir un mois... C'est simple, ça n'a pas tenu \o/) :

 clav-post-op.JPG

 

"On vous avait bien prévenu pourtant qu'il y avait de gros risques que ça ne fonctionne pas !" Me dit l'expert pas plus tard qu'il y a trois semaines...

Ben non, surtout lorsque le chirurgien, à l'époque, vous regarde d'un air accusateur : "Vous avez fabriqué quoi ?!"

Je me suis tapé un golf avec mes amis juste après être sortie de l'hosto... >_> Ben rien, j'ai souffert dans le canapé de Big Mother, c'est tout.

 
23/04/2009 :
Opérée en urgence (5 mois après les faits, c'est ironique), on pose plaque et vis.
Je reste 3 jours à l'hosto cette fois-ci (no comment) et passe 1 mois de plus immobilisée.
Ca fait un total de 6 mois sans bouger le bras, c'est très dur.
D'autant plus quand vous avez quelque chose qui appuie en permanence sur la fracture (que ce soit les anneaux, les attelles ou tout bêtement les vêtements, s'habiller léger en hiver, c'est difficile et je ne vous raconte pas pour le soutif - surtout quand la nature vous a trop donné). Comme pour rappeler où vous avez bien mal au cas où vous l'auriez oublié. 
 
Je commence ma rééducation et on peut enfin découvrir l'étendue des dégâts : après trois mois de balnéothérapie, je ne lève pas mon bras au dessus de l'épaule... Impossible.
 
 Je ne parle pas de la dernière opération (08/06/2010) pour l'ablation du matériel : c'était une pure rigolade comparé à toutes celles que j'ai pu avoir avant. Toutefois, c'est après celle-ci que j'apprends la sombre histoire de luxation et que je vois les médecins se renvoyer la balle : "mais non, ce n'est pas une luxation, c'est juste un discret écartement articulaire." Amusez-vous à chercher la définition de la luxation...
  luxation
 Notez que tout n'est pas négatif : ma clavicule a retrouvé une tête de clavicule
On voit même les cinq trous de vis (bon trois d'ici).
Néanmoins, ca ne changera plus puisqu'au moment où j'écris, j'en suis toujours au même niveau malgré tous mes efforts (kiné, ostéo, acupuncture, décontractants, mobilisation du bras, etc.).
Et surtout ! J'ai mal. Tout le temps. Tous les jours. Ca ne s'est jamais arrêté et j l'ai toujours exprimé : j'ai mal quand je bouge, quand je ne bouge pas. Au point que je n'en dors pas ou très peu. Au point où ça en est usant.  Je ne vous fais pas la liste, ce serait trop long pour ce billet déjà bien fourni.
 
Nota Bene : Mon cas était un cas chirurgical dès le départ. Sujet jeune, très sportif et actif, fracture du quart externe (ce tout petit bout d'os) déplacée avec luxation : tout indiquait une opération rapide pour moins de séquelles.
 Et quand je demande aux chirurgiens renommés : "Moi ?! Je vous aurais opérée de suite... ... Mais ce n'est pas illogique."
 
Tout ça, ce n'est que l'aspect médical.
Au moment de l'accident, j'étais pile entre deux CDD, ça complique encore plus les choses.
Je n'ai pas perdu que deux ans et demi (voire plus), la fonctionnalité de mon bras ou mon sommeil avec.
J'ai perdu les trois quart de mes loisirs et quand ils ne sont pas perdus, ils sont altérés : le VTT, la musculation, la moto, les sports en général (j'arrive à pratiquer l'aïkido mais qu'à 50%), j'apprenais à jouer de la guitare, je dessinais, etc.
J'ai perdu ma vocation professionnelle. Et je perds encore beaucoup : je ne peux plus faire n'importe quel boulot (j'ai essayé pourtant, allez envoyer un CV avec plus de deux ans sans aucune activité, même la lettre de motivation ne sauve pas la mise) et je dois me réorienter.
J'ai perdu des diplômes pour ne pas avoir pu les recycler.
J'ai perdu la quasi totalité de mon épargne à vivre qu'avec 600€ par mois pendant près de deux ans (avec de gros décalages qui m'ont laissée parfois deux mois sans rien toucher).
Mais le pire, c'est que je me suis perdue ; pas entièrement, il me reste mon esprit mais vous savez ce qu'on dit : "un esprit sain dans un corps sain"...
Je vous laisse le soin d'imaginer ce que peut être mon esprit aujourd'hui.  
 
 
 
By Kypic
 
 
 
La phrase totalement détournée de la fin par Gilles Deleuze :
"Et nous réclamons le droit d'une légèreté et d'une incompétence radicale, celui d'entrer dans le cabinet de l'analyste et de dire : ça sent mauvais chez vous."
 
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