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  • : L'épopée du valeureux Hérisson Boiteux
  • L'épopée du valeureux Hérisson Boiteux
  • : La bataille faisait rage. L'ennemi, fourbe et vicieux, frappait sans relâche usant toutes les ruses qu'il connaissait mais le vaillant hérisson n'avait pas encore rendu son dernier souffle.
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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 15:20

Cette fois-ci, je ne vous conterai pas l'extravagance des gargantuas mais (l'absence de) celle des Holoferne modernes.

 

Ce midi, mes ordonneurs m'envoyèrent dans une école du centre de ma contrée. Ecole que je ne connaissais pas plus que les enfants qui la peuplaient, soit pas du tout.


Alors que je m'étais familiarisée l'année durant aux institutions voisines de mon terrier ainsi qu'aux joyeux bambins de mon quartier, j'avais tout intérêt à une adaptation rapide aux us et coutumes de cette dernière... Seulement, la personne expérimentée que j'accompagnais ne me semblait pas être d'une efficacité pertinente avec les morveux. Déjà à la sortie de table, proposant un jeu pour que les adorables poupons se dirigent docilement vers les dortoirs, elle me coupa sèchement m'affirmant que le temps nous manquait... dut-elle se méprendre sur la nature et l'objectif du jeu en ne voulant pas déroger à son procédé habituel pourtant aussi long, sinon plus, et certainement moins efficient que le divertissement offert.

Aussi, quand l'heure du coucher fut venue et qu'il fallut les emmener d'abord aux latrines (je partage avec vous la découverte d'un mot amusant bien que désuet pour indiquer ce qu'on appelle plus contemporainement et vulgairement des chiottes) pour soulager les rejetons avant qu'ils ne le fissent dans leurs couchettes, la dame de cantine décida de prendre la première moitié ; maugréant les uns, hurlant sur les autres pour obtenir silence et obéissance. Ne pouvant élaborer quelque art pour inciter les enfants au calme en sa très bruyante présence (il est difficile de demander à des petits de ne pas faire ce que l'adulte responsable fait), j'attendis d'être enfin seule avec mon troupeau pour instaurer mon savoir-faire. J'utilisai mon inspiration, mon talent peu reconnu d'actrice (sûrement à juste titre) et celui plus reconnu de conteuse pour retenir leur attention : un loup perdu qui était très très fatigué s'était caché quelque part afin de se reposer ! Et si nous l'avions réveillé, il aurait été en colère et il nous aurait grondé très fort ! Alors pour ne pas déranger le loup, il fallait commencer par ne pas faire crier la dame de cantine (dont les aboiements s'entendaient par delà la porte des toilettes) et donc, il ne fallait pas faire de bruit... Chuuuuuuuut. 

Je cherchais dans tous les recoins, à pas de loup (:p), afin de dénicher la cachette du canidé imaginaire. Les enfants, amusés et intrigués, étaient suspendus à mes mimes, sages comme des images, muets et immobiles comme des statues.

Au moment où je revenais dans un corridor des plus silencieux, bredouille de mes recherches car la chimère devait m'aider jusqu'au coucher, ma mauvaise collaboratrice évacua les toilettes avec autant de vacarme que quand elle était rentrée, brisant le calme et la quiétude qui s'étaient installés dans le couloir pendant son absence. Ce qui m'interpella, mais m'amusa encore plus, fut sa déclaration au sortir aussi futile que contradictoire : "IL FAUT ÊTRE PLUS FERME, LA ! TU n'obtiendras JAMAIS rien d'eux !"... O.o j'avais pourtant l'impression du contraire.

Sûrement souhaitait-elle que je fisse à sa manière. La preuve d'efficacité ne paraîssait pas être dans le silence obtenu mais bel et bien dans le fait de s'égossiller sur les pauvres mioches afin de l'obtenir - pour peu qu'ils eussent déjà été sages, cela servait sûrement pour dissuader de faire la probable prochaine bétise...  

 

Pourtant, le passage aux WC et la promenade jusqu'au dortoir furent dans le même esprit farfelu et toujours aussi agréables autant pour l'hérisson que je suis et les marmots que j'emmenais que pour les autres occupants de l'établissement.

Heureusement, ma consoeur ne nous avait pas suivi jusqu'à la chambrée ; hélas, sa remplaçante n'était guère plus complice et brisa une fois de plus mon autorité de fer dans une voix de velour, n'usant pas de son imagination pour endormir les bambins ; pas d'histoires, pas de fables : "Non, le loup n'existe pas !"

Même si l'un des gamins a peur du loup, il faut savoir fabuler comme un enfant sait le faire : Dormez tranquilles. Moi, je suis un hérisson, et les loups ont peur des hérissons. Normal, les hérissons piquent les loups ! Alors comme je suis là et que je veille sur vous, même si le loup se réveillait et qu'il venait jusqu'ici,  je le mettrais en déroute et il s'enfuirait ! Mais pour que la magie opère auprès des chérubins, il faut y croire soi-même.

Rien de plus que le lit en plastique dur et l'ennui mortel. Je me demande quel genre de rêves les morveux ont pu bien faire en pareilles circonstances...

 

 

 

 

By Kypic.

 

 

 

La phrase de la fin par Richard Bach :

"Si tu apprends ce qu'est ce monde, comment il fonctionne, automatiquement tu commenceras à obtenir des miracles - ce qu'on appellera des miracles. Mais bien sûr, rien n'est miraculeux. Si l'on apprend ce que sait le magicien, il n'y a plus de magie."

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13 mai 2012 7 13 /05 /mai /2012 17:49

J'utiliserai désormais volontairement ce titre pour toutes les anecdotes amusantes illustrant ce lieu commun tantôt vrai, tantôt faux...

 

Les faits remontent à quelques temps déjà.

Un midi, après avoir repu les morveux affamés, une adorable petite chipie - d'habitude collée à mes jambes - est assise sur le banc, lieu désigné de punition.

Intriguée bien que peu surprise de retrouver ainsi l'experte ès bétises, je m'approche, m'assieds à côté d'elle et lui demande quelle est donc la raison de sa présence en ce lieu.


"Oh mais je ne suis pas punie ! J'ai tout bêtement mal aux pieds..." Dit-elle avec un aplomb assuré.

Je ne suis pas née de la dernière pluie, je me doute que ce simulacre n'est sûrement qu'une tromperie mais décide ni de le relever, ni d'en connaître la raison ; occupée par d'autres bambins désireux de mon attention, je n'y prête donc pas plus d'intérêt.

Seulement, quelques minutes plus tard, ma collègue se dirige vers la canaille et lève sa punition, confirmant en une poignée de secondes mes soupçons et me laissant perplexe quant à la facilité déconcertante de la très jeune demoiselle à (me) mentir - aussi futile fut l'imposture.

 


Cette histoire n'aurait aucun intérêt si elle s'achevait ainsi.

La filouse, appuyée alors sur ses mains, se balance hors du banc et sautille vers ses camarades, contente d'être enfin libérée de sa prison. A mi-chemin, elle s'arrête soudainement, se tourne vers moi et m'avoue avec la même aisance déroutante en haussant avec exagération les épaules et en inclinant sa tête sur la droite :

"En fait, (légère pause) j'étais bien punie !"

Et se retourne sans demander son reste, sautillant de plus belle en direction de ses compagnons de jeu pour rattraper, avec insouciance, le temps perdu.

 

 


By Kypic.

 

 

La phrase de la fin par Marcel Aymé (Le Chemin Des Ecoliers) :

"[...] une certaine espèce de menteurs dont chaque mensonge est un enchaînement d'authentiques accès de sincérité."

 


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11 mars 2012 7 11 /03 /mars /2012 23:49

Vous connaissez cette vieille fable d'un roi qui voulait être le mieux paré et qui, par le concours d'un tailleur peu scrupuleux, se retrouva nu comme un ver devant ses sujets aussi influençables que leur majesté lorsqu'un enfant dévoila la vérité...

 

Réalité crue que sont les affirmations franches et à brûle-pourpoint des enfants ?

Je pencherais certainement plus pour le reflet d'un formatage des moeurs de notre société encore bien ancrés qui commence dès le plus jeune âge.

 

 

 

La semaine dernière, je me suis vue confier la responsabilité ardue d'animer le temps péri extrascolaire des morveux prépubères de primaire d'une école que je cotoie pour en avoir bordé et mouché les maternelles.

Le premier jour m'a annoncé la couleur sans détour...

 

"T'es une fille ou un garçon ?"

Interrogation justifiée par ma coiffe arborant fièrement des pics hérissés.

Je leur affirme d'abord être un hérisson avant toute chose. Mais cela ne les satisfait pas, ils veulent quand même savoir si le hérisson est un mâle ou une femelle.

Nul besoin de mentir : la nature ayant choisi, je suis une fille.


"Bah nan, t'es un garçon parce que tu mets du gel !"

Je réponds avec pertinence : est-il mentionné quelque part, dans la loi, dans la constitution, sur les pots de gel, que cet artifice doit-être utilisé uniquement par la gente masculine ?

"Oui, mais tu es un garçon parce que tu as les cheveux courts !"

La conclusion se fait sans plus attendre : les garçons ont les cheveux courts et la liberté de mettre du gel ; quant aux filles, elles doivent avoir les cheveux longs et se faire des couettes. Je passe le chapitre vestimentaire, mes chaussures de skateur et mon pantalon large aggraveront mon cas déjà indéfendable aux yeux de ces charmants bambins. Qu'il est loin le temps d'Indochine et de son troisième sexe.

Soit, je ne vais pas non plus m'abaisser aux extrêmes pour leur prouver le bien fondé de ma condition en montrant mes attributs (en plus de risquer un attentat à la pudeur).

Je serais un garçon si cela les chante, être considérée socialement femme ou homme m'importe peu finalement.

 

"Tu as un amoureux ?"

Bien évidemment, et aux vues de leur ouverture d'esprit, il n'est pas question de rentrer dans le débat de l'orientation sexuelle. Déjà que celui de l'identité sexuelle était un tantinet mal amorcé...

Pourtant, cela aurait répondu sans équivoque à cette discussion. Bref, non, je n'ai pas d'amoureux.

"Tu n'as jamais eu d'amoureux ?"

Leur hardiesse n'a d'égal que leur insistance... Non plus, je n'en ai jamais voulu, n'en veux pas et n'en voudrai jamais.


"Quand on n'a pas d'amoureux, c'est qu'on est moche." O_o   

Outre la majestueuse claque parfaitement gratuite, que voulez vous répondre à cela ?

On touche une corde sensible... J'ai l'avantage de pouvoir invoquer l'injustice de la nature et son acharnement, excuse autrement plus compréhensible que le simple fait d'être née moche selon les standards de la mode : si je n'avais pas le corps couvert des stigmates de ma vie, aurais-je pu avoir la chance d'être dans la moyenne acceptable. Hélas, une fente labio palatine unilatérale communément appelée bec de lièvre, une chienne et une voiture vues d'un peu trop près et quelques autres conséquences de ma légendaire malchance ont eu raison de mon magnifique corps.

Aussi, je me retranche derrière ma "beauté intérieure", ma prestance et mes pics en dernier recours puisqu'il ne me reste plus que cela. J'aurais pu leur demander, après la mienne, quelles étaient leurs raisons d'être aussi vilains...

Mais d'humeur assez (trop) docile, ne voulant pas engager la guerre dès le début sachant que je devrais par la suite livrer bataille la semaine durant, j'ai simplement rétorqué que leur raisonnement sexiste et avilissant qui tendrait à démontrer que seules les filles se doivent d'être belles pour que les gueux daignent poser leur dévolu sur elles n'était pas complètement vrai, à défaut d'être complètement faux.

Toujours sans entrer dans le débat de l'homosexualité, j'ai évoqué la possibilité que ce soit tout à fait l'inverse, le monopole de sortir avec les belles personnes (si ce n'est les bonnes) n'étant pas exclusivement réservé aux hommes : et si c'était moi (par extension, les filles) qui trouvais mes prétendants peu avenants ?

J'aurais tout aussi bien pu explorer la polémique de la relation entre la beauté et la personnalité mais il fallait emmener ces Gargantuas encore dépourvus de conscience dévorer leurs déjeuners. A mon grand dam, je n'ai su être leur Ponocrates.

 

Le reste de la semaine ne fut guère mieux.

J'en ai regretté les adorables sales mômes de la maternelle qui, pour obtenir mes faveurs, ne se lassaient pas de me répéter que j'étais "belle comme une princesse".

Heureusement, il n'existe pas une vérité mais des vérités ; celles des enfants sont à leur image : innocemment cruelles et gratuites.


 

 

 

Il est incroyable de sacraliser à l'excès ce petit être en devenir, "l'enfant modèle", tout en martelant impunément son innocence d'intolérance et de conformisme.

Il est tout aussi incroyable que ce même petit être en devenir soit à la fois adorablement innocent et capable des pires cruautés.

L'éducation, la société et la protection outrancières font de ce petit humain une mignonne peste intouchable.

 

 

 

 

 

By Kypic

 

 

 

La phrase de la fin par Romain Rolland :

"Par toute son éducation, par tout ce qu'il voit et entend autour de lui, l'enfant absorbe une telle somme de sottises, mélangées à des vérités essentielles, que le premier devoir de l'adolescent qui veut être un homme sain est de tout dégorger."


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